Massacre des Chrétiens d’Orient : l’assourdissant silence de la France

 

Dimanche matin, en pleine cérémonie du culte copte orthodoxe, l’horreur a fait irruption dans l’église Saint Pierre et Saint Paul du Caire. Bilan : 23 morts et 49 blessés.

Cette église est contiguë de la cathédrale Saint-Marc, siège du pape de l’Eglise copte Tawadros II. Le terme « copte » définit les chrétiens d’Egypte ; selon la tradition, remise en cause depuis plus d’un siècle, l’Eglise copte aurait été fondée par l’évangéliste Marc lui-même. Il reste qu’elle est souvent rattachée à la branche orthodoxe du Christianisme ; si elle s’en rapproche par le rite, elle s’en distingue davantage sur le fond. Mais au fil des siècles, les coptes sont devenus minoritaires en Egypte et subissent les persécutions dont pâtissent souvent les minorités.

Pour moi, la découverte des traditions et du patrimoine copte remonte à mon premier voyage en Egypte effectué en 1980. A ce moment-là, le président égyptien Anouar El Sadate accueillait le Shah d’Iran et sa famille alors en exil après que les ayatollahs aient pris le pouvoir en Iran. A l’occasion de ce voyage, j’ai été frappée par la profusion qui n’a d’égal que la beauté des bâtiments chrétiens coptes au Caire. Entre tous, le Musée copte est celui qui m’a le plus marqué : il est à lui seul l’expression d’une tradition culturelle, dont une part nous est commune, dans toute sa richesse, dans toute sa profondeur.

Si mes souvenirs personnels m’ont permis de me projeter plus avant que dans le cas d’un attentat perpétré en terrain inconnu, j’ai été particulièrement choquée et horrifiée comme beaucoup par le supplément d’horreur que représente à mes yeux le fait de s’attaquer à des fidèles dans leur lieu de culte, au moment où ils célèbrent ce culte. Comment des êtres humains peuvent pousser la déshumanisation au point de ne plus rien respecter, de n’avoir aucune limite ? Ce d’autant que le fait n’est pas nouveau : les Chrétiens d’Orient sont persécutés quotidiennement et la communauté internationale reste bien discrète…

Et dans la communauté internationale, je m’interroge surtout sur le silence français. A la fois parce que je suis Française et parce que jusqu’à un passé très récent, la France a traditionnellement été la protectrice des Chrétiens d’Orient. Ce qui est logique compte tenu de nos origines chrétiennes, de notre histoire chrétienne et dans une large mesure de notre identité chrétienne commune. Il s’agissait-là d’une politique multiséculaire de la France dans la région, du traité dit des « Capitulations » en 1535, à la période qui fait suite à la Première Guerre mondiale dans les territoires de l’Empire colonial français, en passant par la protection des communautés chrétiennes dans les années 1860.

Nombreux sont ceux qui, particulièrement à gauche de l’échiquier politique, aiment tant accoler le terme de France à l’expression de « pays des droits de l’Homme ». Que n’ont-ils fait depuis presque 5 ans qu’ils sont aux responsabilités ? Pourquoi ce silence coupable lorsqu’il est question des Chrétiens d’Orient ? Parce qu’ils sont proprement incapables, par manque d’assurance dans leurs convictions, de hiérarchiser leurs ennemis comme les dirigeants occidentaux ont su le faire en 1941 en s’alliant avec le dictateur Staline pour combattre le monstre nazi. Résultat : Poutine, El Assad, les Frères musulmans et Daech, même combat !

Parmi d’autres, cet élément a pesé dans ma décision de soutenir François Fillon dès le début de la campagne primaire. Comme lui, je crois que la France doit composer avec la Russie, notamment pour protéger les Chrétiens d’Orient en Egypte, en Syrie, en Irak et au-delà. Compte tenu de cet objectif, le terrorisme sunnite, notamment wahhabite, et ses soutiens sont les ennemis, le régime de Bachard El Assad un mal nécessaire. La France doit s’allier à ceux qui ont les mêmes ennemis qu’elle. On n’œuvre pas au respect des droits de l’Homme en s’indignant sur commande lorsqu’un attentat se produit avec pour seule inquiétude que personne ne fasse « d’amalgame » de peur de déplaire à des communautés. On œuvre au respect des droits de l’Homme en combattant les terroristes et ceux qui les soutiennent, sans se soucier de ses intérêts électoraux.

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