La leçon américaine

Américaine, j’aurais voté Hillary Clinton. Mais démocratiquement et souverainement, les Américains ont choisi Donald Trump pour présider aux destinées des Etats-Unis pour les 4 ans qui viennent.

Cet événement et les circonstances dans lesquelles il s’est produit m’inspirent deux réflexions.

La première tient à l’attitude des « élites » autoproclamées ; tous ceux qui aux Etats-Unis, comme chez nous en France ont répété inlassablement depuis des mois que Donald ne pouvait devenir président des Etats-Unis. Pourquoi ? Parce que cette « élite » autoproclamée a décrété que le choix de Trump ne serait pas conforme à ce qu’elle pense, n’est pas assez digne pour elle, trop vulgaire, hors des fourches caudines de l’establishment, un candidat qui ne peut parler qu’aux incultes, aux demeurés… non vraiment elle avait décrété que Trump n’était pas le « bon choix ». Ainsi donc, au lieu d’essayer de comprendre pourquoi les électeurs du Parti républicain l’avaient choisi pour candidat, pourquoi des dizaines de millions d’Américains s’apprêtait à voter pour lui, cette « élite » autoproclamée nous a répété à longueur de mois que les électeurs de Trump étaient des imbéciles, des racistes, des fascistes, des homophobes, des sexistes et j’en passe. Cette « élite » nous a dit que les femmes, les Latinos et les Afro-Américains ne pouvaient pas voter Trump. Son électorat ne pouvait être fait que de blancs (pas très malins, cela va sans dire…). Résultat ? Plus de 45 % des femmes, 35 % des Latinos et 12 % des Afro-Américains ont voté pour Donald Trump ! Mieux : les blancs ont moins voté pour lui qu’ils n’avaient voté il y a 4 ans pour Mitt Romney ! Et cette élection qui devait être serrée, évidemment au profit d’Hillary Clinton, s’est faite au profit de Donald Trump par 306 grands électeurs contre 232 à la candidate démocrate ! Après cela, l’humilité aurait conduit cette « élite » à dire « on s’est trompé », « on n’a rien compris à ce qu’il se passait », mais non ! Elle a préféré se cacher derrière les sondages qui se seraient trompés. Rappelons que les sondages annonçaient à la veille du vote un écart de 1,5 points entre les deux candidats, c’est-à-dire dans la marge d’erreur considérant donc l’élection de Trump tout à fait possible. Mais qu’importe la marge d’erreur, l’élection de Trump était impossible puisque ladite « élite » l’avait décidé.

Alors les questions se bousculent dans mon esprit : comment autant de personnes, journalistes, observateurs, « experts », élus ou vedettes en tout genre, aux Etats-Unis comme en France, probablement intelligentes, peuvent pousser l’entre soi au point d’être déconnectées du peuple dont elles pensent dur comme fer être le porte-parole ? Comment cette « élite » autoproclamée peut se penser démocrate et considérer dans le même temps que l’inintelligence soit la seule explication à ce qu’une partie du peuple pense différemment d’elle ? Comment certains de nos élus français, parmi les plus éminents, peuvent pousser la condescendance jusqu’à déclarer en substance que si les Américains avaient fait le choix du populisme, de l’excès et de la déraison, eux seraient les garants de la vertu, la morale ou tout simplement du bien ?

Et cela m’amène à la seconde réflexion que m’inspirent les événements qui se sont déroulés outre-Atlantique. Je crois que l’élection de Donald Trump n’est pas un « accident ». Sa victoire est tellement nette qu’elle ne peut s’expliquer par le seul rebondissement à quelques jours de l’élection de l’affaire des emails touchant Hillary Clinton. Je crois que le choix de Donald Trump aux Etats-Unis répond de la même logique que le vote du Brexit en Grande-Bretagne, l’élection présidentielle en Autriche voyant un candidat d’extrême droite manquer la victoire d’un cheveu, le référendum anti-migrants en Hongrie ou encore les scores alarmants du Front national en France, particulièrement lors des élections régionales. Ma conviction est qu’une immense partie des opinions occidentales expriment par des votes successifs une peur pour ne pas dire un refus du déclassement dans tous les domaines : sur le plan économique bien sûr, mais aussi et surtout sur le plan culturel où la menace de la perte d’identité est vécue douloureusement par de très nombreuses personnes.

Dans ce contexte, autant je respecte les élus ou candidats qui tentent de répondre à ce malaise, même lorsque je suis plus que dubitative sur les méthodes employées, comme avec Donald Trump par exemple, autant je m’indigne lorsque les élus ou candidats ignorent ce malaise. De qui se moque-t-on lorsqu’en réponse, on nous parle de multiculturalisme, qu’on appelle aussi « Identité heureuse », cette curieuse idée qui consiste à demander aux accueillants de s’adapter à la diversité culturelle imposée par les accueillis au lieu d’exiger de ces derniers le principe d’assimilation inventé par la gauche au moment de la Révolution française et qui a été, avec succès, la règle pendant près de deux siècles ? De telles postures consistent finalement à nier la volonté légitime et respectable d’une grande partie des Français (particulièrement dans l’électorat de droite) de défendre l’identité culturelle française. Le propre de la démocratie est d’entendre ce que le peuple demande, même lorsque l’on est soi-même en désaccord avec les attentes en question. Cela ne signifie naturellement pas de se taire sous prétexte que son point de vue est minoritaire. Mais si défendre son point de vue est tout à fait honorable en démocratie, mépriser ou ignorer l’autre pour sa divergence est proprement inacceptable. Le propre de la démocratie est d’entendre le message de la majorité même s’il heurte les oreilles fragiles de la « bien-pensance ». Si nous ne le faisons pas, nous pouvons nous préparer à de très grandes surprises qui seront vécues par beaucoup comme de monumentales déconvenues électorales dans les années qui viennent. C’est ce que j’appelle la leçon américaine.

(3) Commentaires

  1. Vox populi, vox dei…. à ce titre la terre serait toujours plate, Galilée dans un cul de basse fosse et je suppose que Versailles n’aurait jamais été construit…(j’imagine les zadistes du XVIIéme..) formidable interrogation non ? Je pense aussi aux créationnistes US… Les choses ne sont pas aussi simples. Bien entendu, je suis d’accord sur le fond du texte quand bien même il ne peut que reprendre une autre doxa. Doxa qui nous éloigne de la raison. Il faudrait aller plus loin dans la réflexion du politique dans la cité. Ce peut être une piste. On en reparlera.

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